Arabes du Christ


" الهجرة المسيحية تحمل رسالة غير مباشرة للعالم بأن الإسلام لا يتقبل الآخر ولا يتعايش مع الآخر...مما ينعكس سلباً على الوجود الإسلامي في العالم، ولذلك فإن من مصلحة المسلمين، من أجل صورة الإسلام في العالم ان .... يحافظوا على الوجود المسيحي في العالم العربي وأن يحموه بجفون عيونهم، ...لأن ذلك هو حق من حقوقهم كمواطنين وكسابقين للمسلمين في هذه المنطقة." د. محمد السماك
L'emigration chretienne porte au monde un message indirecte :l'Islam ne tolere pas autrui et ne coexiste pas avec lui...ce qui se reflete negativement sur l'existence islamique dans le monde.Pour l'interet et l'image de l'Islam dans le monde, les musulmans doivent soigneusement proteger l'existence des chretiens dans le monde musulman.C'est leur droit ..(Dr.Md. Sammak)
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mercredi 29 novembre 2017

“Les chrétiens sont des acteurs historiques au Proche-Orient“

PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE FRANCQ publié le 27/11/2017

S’ils font souvent l’actualité pour des raisons tragiques, les chrétiens du Proche-Orient sont méconnus. Balayant les idées reçues, l’historien Bernard Heyberger nous éclaire sur ces communautés.
Pris dans les tensions du Proche-Orient, ils font figure de fusibles pour des conflits qui ne les concernent pas directement. Par leur appartenance religieuse et après des siècles de protectorat français, les chrétiens d’Orient apparaissent dans l’Hexagone comme des proches méconnus dont les malheurs à répétition éveillent émotion et compassion. Un coup d’œil dans le rétroviseur montre pourtant des minorités, certes parfois malmenées, mais cependant actives dans la vie intellectuelle, spirituelle, artistique, sociale et politique de la région. Aussi, avant de remonter le fil du passé, nous avons demandé à l’un de leurs meilleurs connaisseurs de nous aider à mieux cerner leurs différentes communautés. Historien, Bernard Heyberger a fait paraître en 2017 les Chrétiens d’Orient dans la célèbre collection Que sais-je ?


Qui appelle-t-on les « chrétiens d’Orient » ?
En fait, je n’aime pas ce titre. Il y a dans cette expression une projection, un imaginaire de l’Orient, et le meilleur préalable à l’approche de ces communautés est de mettre un peu de distance et de casser cet imaginaire pour mieux apprécier la réalité. La plupart des Français qui s’intéressent aux chrétiens d’Orient sont des catholiques qui croient opérer ainsi un retour aux sources ; comme s’ils pouvaient retrouver au Proche-Orient un christianisme « pur », à travers ceux qui ont toujours été là et sont dépositaires du christianisme des origines. Ce discours, que les Orientaux eux-mêmes ont en partie intégré et servent à ceux qui viennent les rencontrer, est peu tenable. Les habitants actuels du Proche-Orient ne vivent pas aux premiers siècles de notre ère. Dernièrement, le moine qui m’accueillait au monastère Saint-Antoine du désert était en permanence interrompu par les -sonneries de ses quatre -téléphones portables.
Comment expliquez-vous la permanence de ce mythe des origines ?
Au début du XXe siècle, les paysages étaient intacts, les moyens de locomotion et les vêtements, inchangés. En croisant les Bédouins de Transjordanie, les voyageurs croyaient être transportés à l’époque du Christ. Quand ils visitaient les tribus chrétiennes, les dominicains de Jérusalem pensaient y apprendre quelque chose de la Bible qu’ils étaient venus étudier sur place (création de l’École biblique de Jérusalem, ndlr). Aujourd’hui, prétendre retrouver les traces du mode de vie du Christ au Proche-Orient relève du fantasme. Cela tient à l’histoire que la France entretient, depuis François Ier, avec ceux que certains catholiques français continuent d’appeler les « chrétiens d’Orient », c’est-à-dire les catholiques orientaux. Certains inventent même une histoire commune qui serait née avec -Charlemagne ; d’autres citent la lettre de Saint Louis aux maronites, qui est un faux inventé au XIXe siècle – sans doute écrit par Lamartine puis traduit en arabe. En revanche, il est vrai que les massacres de Damas et du Mont-Liban de 1860 ont provoqué une forte mobilisation en France pour les maronites et les grecs-catholiques, et pas seulement de la part des catholiques : j’ai retrouvé la trace de l’appel d’un rabbin alsacien incitant sa communauté à se cotiser pour ces chrétiens. Adolphe Crémieux (sénateur juif de la IIIe République, ndlr) a lui-même mobilisé l’opinion. Car si le maronite apparaît alors comme le bon paysan pieux que le XIXe siècle se plaisait à l’imaginer, il règne aussi l’idée que la France doit prendre sa place dans la région et ne pas la laisser aux Russes ou aux Anglais. N’oublions pas qu’une guerre a failli éclater entre la France et l’Angleterre à ce sujet quelques années auparavant.
La solidarité aurait-elle donc caché un intérêt colonial, du moins géopolitique.
Un colonialisme certes, mais pas au sens actuel. Contrairement aux Algériens, les Arméniens et les maronites disent alors aux Français : « Venez nous coloniser. Vous pourrez compter sur nous : nous serons les soldats de la présence française en Orient. » On raconte alors que les maronites ont porté assistance à -Bonaparte, à Acre. Ce qui est faux. C’est difficile à dire aujourd’hui, mais ce sont les chiites du Liban du Sud qui lui ont porté secours. Le XIXe siècle réécrit ainsi les relations de la France avec le Proche-Orient, à travers sa nostalgie des croisades et en valorisant des épisodes glorieux au détriment de tout ce qui la dessert. Du fait du poids de la presse et de l’opinion, les idées se diffusent alors très vite. C’est ainsi que l’histoire des malheurs, en partie inventés, de l’évêque de Maaloula, Grégoire Ata et de sa communauté, racontée par Alexandre Dumas qui l’avait rencontré à Paris, remporte un vif succès. À la même époque, l’Œuvre d’Orient est fondée. Il s’agit d’une institution catholique pour des catholiques, mais néanmoins dans le droit fil de la politique de Napoléon III. Car, et c’est une autre originalité du XIXe siècle, l’État pense que la mission civilisatrice de la France passe par les catholiques. Cela explique qu’à partir de 1880 et l’interdiction des congrégations par la IIIe République, le Proche-Orient deviendra un refuge pour les religieux et connaîtra une incroyable densité d’écoles catholiques françaises.
Ailleurs dans le monde, on ne parle donc pas de « chrétiens d’Orient » ?
Non. Tout à leur fantasme d’une proximité entre anglicanisme et orthodoxie byzantine, les Anglais parlent de « chrétiens orthodoxes », tout comme les Russes. Ceux-ci affirment une orthodoxie de toujours, englobant des communautés implantées de Damas à Moscou dans un même ensemble « chrétiens -orthodoxes ». En fait, pour de nombreux Français, les chrétiens d’Orient sont d’abord les catholiques de Syrie, au sens de Grande Syrie, c’est-à-dire les grecs-catholiques et les maronites, et puis toutes les communautés catholiques : les syriaques catholiques, les arméniens catholiques et les Coptes catholiques, très minoritaires parmi les Coptes et mal connus en France, la plupart étant anglophones depuis la colonisation anglaise. Il y avait bien un noyau chrétien francophone en Égypte, mais il était moins composé de Coptes que de Syro-Libanais d’Égypte et de latins, et Nasser les a fait partir.
Réserver le terme de chrétiens d’Orient aux catholiques est donc inexact.
N’entendre que catholiques et francophones dans le terme « chrétiens d’Orient » est réducteur. Tous les chrétiens ne sont pas catholiques au Proche-Orient. Il faut aussi se garder d’une sorte de compassion à la limite de la condescendance qui s’applique trop souvent à l’expression « chrétiens d’Orient ». Il ne faut pas oublier que les chrétiens du Proche-Orient sont aussi des acteurs de l’histoire de leur région et pas seulement des victimes, il suffit de citer leur rôle dans la Nahda, la modernisation de la société arabe. Aussi, pour bien les comprendre, il faut se demander ce que signifie être Copte ? Maronite ? Melkite ? Ce qui n’a d’ailleurs pas la même signification pour qui vit dans le pays ou fait partie de la diaspora. Car tous les citoyens des pays du Proche-Orient sont assignés à une identité religieuse par la constitution de leur pays, puisqu’il existe toujours dans ces États une organisation en millet, c’est-à-dire en communautés. L’état civil étant géré par les Églises, tout individu se retrouve inscrit à sa naissance dans une communauté. Ensuite, les -systèmes de solidarité et d’éducation sont confessionnels.

Aujourd’hui encore ?



Tout à fait. Par exemple, quand je vais à Beyrouth, je loge généralement à proximité de l’hôpital orthodoxe, qui lui-même se trouve proche de l’hôpital catholique francophone. Dans certains pays, on constate d’ailleurs que des institutions chrétiennes perdurent même quand il n’y a plus de fidèles ; par exemple en Palestine, où les chrétiens ont quasiment disparu, il reste encore de nombreux hôpitaux et écoles chrétiens. Inversement, si l’on regarde une carte des institutions chrétiennes dressée en 1911 pour le sultan ottoman, on voit que les écoles et les hôpitaux chrétiens dans l’Empire ne coïncident pas avec la localisation des communautés, car certains villages 100% chrétiens n’y figurent pas.
Tenter de cerner ces communautés et de retracer leur histoire relève donc du casse-tête.
En fait, cela peut paraître assez simple dès lors que l’on décide de partir des institutions, d’y assigner les personnes et de les suivre à travers les siècles. On peut ainsi raconter l’histoire en la découpant en chapitres, du type : les maronites des origines à nos jours, les Coptes des origines à nos jours, et ainsi de suite avec les Grecs et toutes les communautés. Je m’inscris en faux contre cette méthode. Bien sûr, ces populations sont toutes à peu près dans les mêmes situations de minorité après la conquête musulmane. Mais une grande partie de leur histoire s’explique aussi par leurs propres interactions. En étudiant, par exemple, la pratique des jeûnes chrétiens orientaux, j’ai cherché si le ramadan avait une influence sur eux, en vain. Mais j’ai découvert des textes du Moyen Âge où, parmi les chrétiens, les uns affirment que les autres commettent un péché parce qu’ils ne suivent pas les mêmes règles de jeûne et d’abstinence qu’eux.
Les rivalités entre les Églises n’auraient donc pas attendu l’islam.
Certes, et elles ont perduré après la conquête. Des questions telles que celle du jeûne sont moins théologiques qu’identitaires, mais elles permettent aux communautés de se distinguer à travers les pratiques. Traditionnellement, quand on aborde les origines de ces communautés, on les distingue par leurs querelles théologiques, mais elles se sont séparées aussi sur d’autres points. Le problème des hérésies et des schismes se pose au début du IVe siècle, au moment où Constantin décide que le christianisme sera la religion de l’Empire. On installe alors des évêques et on fixe un dogme unifié pour toutes les Églises. Les chrétiens se divisent alors entre ceux qui adhèrent à la religion de l’empereur et ceux qui la refusent.
Et c’est ainsi que les différences vont finalement devenir des fractures.
Les chrétiens de Perse, qui sont du côté de l’ennemi, refusent en effet de s’aligner. Ils vont ainsi former la première Église dissidente, l’Église de Ctésiphon, composée de nestoriens, ou assyro-chaldéens. Après les premiers conciles, de Nicée à Chalcédoine, où il est question de préciser le dogme et de l’imposer, la querelle théologique se double d’une querelle politique. Jusque-là, les deux grandes capitales chrétiennes étaient Antioche et Alexandrie. Mais en même temps que l’on fixe le dogme à Chalcédoine, on décide que Constantinople passe devant Alexandrie. Du coup, l’Église d’Égypte, qui est très puissante, se rebiffe, ce qui crée l’autre grande division des origines.
L’islam a-t-il accentué le morcellement des chrétiens ?
Le pouvoir musulman maintient les divisions, ou plutôt, favorise tantôt telle communauté et tantôt telle autre. Plus qu’un jeu pervers, il s’agit le plus souvent d’arbitrer les différends. On trouve en effet des formules telles que « Tous les chrétiens forment une milla (communauté) », ce qui signifie « leurs querelles ne nous concernent pas ». Ainsi, à l’époque ottomane, l’impôt dû par les chrétiens est un impôt de répartition, chaque communauté devant s’acquitter d’une part du montant exigé. Or, à Alep par exemple, la milla était composée de grecs, de syriaques, de maronites, d’arméniens et de quelques nestoriens. Ce qui a donné lieu à des querelles sans fin, et poussé parfois des chrétiens incapables de s’acquitter de leur impôt à passer à l’islam afin de ne plus y être assujetti.
Les chrétiens – et les juifs – ont donc été victimes de la conquête islamique.
Pour rappel, avant d’être conquises par les Arabes, ces terres l’ont déjà été par les Perses qui les occuperont pendant une vingtaine d’années. Ensuite, il semblerait qu’au premier siècle de l’hégire, les Arabes ne se soient guère préoccupés d’islamiser. L’image des hordes de Bédouins mettant fin à la civilisation romaine est donc inventée. Les récents travaux des historiens ont montré que les villes byzantines dépérissaient déjà au Ve siècle. Les diverses transformations écologiques et sociales à l’œuvre vont préparer le terrain de la conquête au VIIe siècle. Ensuite, l’islamisation du Proche-Orient sera progressive : le nom de Mahomet est apparu pour la première fois vers 700, 80 ans environ après la conquête. Et les premières inscriptions que l’on a trouvées en arabe sont chrétiennes. La disparition des images sur les monnaies date seulement de 720. Ce n’est qu’entre les VIIIe et IXe siècles que l’islam se formalise, avec la rédaction de la vie du Prophète et des premiers recueils de hadith. L’histoire même de la conquête, officielle, se forge alors. Les images sont interdites, les califes prennent le titre de commandeur des croyants et imposent l’arabe comme langue officielle. Des phrases antichrétiennes du Coran sont alors gravées sur le Dôme du Rocher, à Jérusalem. L’islam se cristallise et devient plus visible, mais cela passe davantage par le fait de couvrir le paysage de tombeaux de saints musulmans et de mosquées que par les conversions.
La réalité historique est donc moins sombre qu’on le croit parfois.
Qui est conquis est toujours victime et, passant du statut de majorité à celui de minorité, les chrétiens ont été pénalisés. Mais leur cohabitation avec les musulmans ne se résume pas à cela. À la cour des Abbassides, au IIIe siècle de l’hégire, les nestoriens ont une position privilégiée et n’ont jamais eu autant d’évêchés et de métropolites. Pour ce qui est du statut des minorités, la charia est moins un code de droit qu’un recueil de prescriptions qui ne s’appliquent jamais à la lettre. Quant au pacte d’Umar, qui ne date que du XIe siècle – une liste de prescriptions discriminatoires pour les chrétiens et les juifs – on peut dire que jamais ces règles ne se sont appliquées simultanément. Les crises n’ont pas manqué toutefois, et, c’est une caractéristique des sociétés islamiques d’hier comme d’aujourd’hui, chaque fois qu’un souverain est confronté à des problèmes de légitimité ou à un soulèvement populaire – mené en général par les oulémas qui prêchent un retour à l’islam et à la charia –, il confisque une église ou ferme les débits de vin. Mais cela s’est toujours régularisé, d’une façon ou d’une autre. Ainsi, à Alep, on trouve des textes du XVIIIe siècle imposant des règles discriminatoires pour les bains, etc. Mais il s’agissait d’une « avanie », dont les chrétiens obtenaient la levée contre de l’argent.
Actuellement, c’est leur maintien dans la région qui est en question.
C’est un fait. Mais les menaces qui pèsent sur eux visent aussi quiconque, au Proche-Orient, s’oppose au fondamentalisme islamique. C’est pourquoi défendre le maintien des chrétiens dans cette région qui est la leur, c’est défendre le pluralisme au Proche-Orient. Pour autant, il ne faut pas confondre la solidarité envers les chrétiens avec un rejet des musulmans. Gare à l’instrumentalisation politique, notamment de la part de l’extrême droite, des malheurs de ces minorités pour mieux alimenter l’islamophobie. C’est méconnaître leur rôle historique et les mettre en danger. C’est les mépriser aussi, en les réduisant à des victimes passives dont le sort ne dépendrait que de l’intervention extérieure.

Hors Série La Vie : Chrétiens d'Orient
Pris en tenaille dans les conflits actuels, les chrétiens d’Orient ont vécu ces dernières années un véritable calvaire, dans ce grand Proche-Orient qui a été le berceau des premières communautés de disciples de Jésus. Ce hors-série retrace le destin des différentes communautés évangélisées, dès l’aube du christianisme, en Egypte et dans les actuels Liban, Israël-Palestine, Syrie, Jordanie et Irak. Remontant le temps, à travers les hauts lieux de la spiritualité et les grandes figures religieuses et intellectuelles, ce sont deux mille ans d’une civilisation riche et plurielle, qui a joué un rôle majeur dans le développement politique, culturel, social et religieux de cette région du monde, à laquelle nous rendons hommage.. 6,90€, à commander sur notre boutique.
 À lire
Les Chrétiens d’Orient, de Bernard Heyberger, Que sais-je ?, PUF, 2017.
Les Chrétiens au Proche-Orient. De la compassion à la compréhension, de Bernard Heyberger, Payot, 2013.